L'annonce de la cessation provisoire des hostilités entre les belligérants autour du détroit d'Ormuz n'évoque pas même la question des exécutions qui continuent de plus belle en Iran. La presse européenne, hostile à la guerre, n'a cessé de marteler que les buts de guerre n'étaient pas clairs et, à présent, elle semble se réjouir d'un cessez-le-feu qui n'implique aucun arrêt de la répression islamofasciste des opposants. Les visages d'ange de ces jeunes gens condamnés à mort ou déjà pendus, les traits tirés des parents angoissés de perdre leur enfant ou menacés eux-mêmes de mort ou de viol, tous ces visages se succèdent sur la Toile des infamies du régime en même temps que défilent les sinistres visages des bourreaux enturbannés et des généraux médaillés en uniforme. C'est le jour et la nuit ! Les deux faces de Janus dont le temple était ouvert à Rome en temps de guerre…

Les deux visages de l'Iran

L'Iran a dorénavant ces deux visages en tous points opposés. L'un, ensanglanté et tourmenté, se tourne plein d'espoir vers un avenir de paix. L'autre, lugubre et insalubre, est tourné vers le passé d'un pouvoir sanguinaire qui n'aspire qu'à se venger du peuple insurgé contre son dieu, s'adonnant au fantasme d'anéantir Satan le Grand et le petit Satan en même temps que tous ses opposants. Les croyants allemands qui abhorrent la guerre, les mécréants de France et de Navarre qui détestent Israël, tous les crédules du monde entier qu'effraient les attentats islamistes soutiennent la pax islamica venue du Pakistan sauver la face des mollahs. Mais qu'en est-il de tous ces innocents enfermés en Iran dans les prisons du régime fasciste, à la merci d'impitoyables tortionnaires, frappés, torturés, violées et bientôt exécutés ?

Une cause qui n'intéresse pas les bien-pensants

La cause du peuple persan n'intéresse pas vraiment les bien-pensants du monde entier. Mauvaise foi et intérêt bien compris règlent son sort de manière expéditive sur des plateaux où des ignorants ergotent sur la situation au Moyen-Orient tout en se réjouissant dès à présent de la baisse du prix du pétrole. Désenchantés après tant de désillusions, les militants de tous les combats perdus un peu partout dans le monde, en Russie et en Chine, au Cambodge et en Algérie, vocifèrent contre le retour virtuel du shah d'Iran sans daigner évoquer les tueries de masse perpétrées par les Gardiens de la réaction islamofasciste dont les crimes, malheureusement, dépassent de très loin les horreurs commises par la Savak. Voulant peut-être croire qu'une révolution digne de ce nom a eu lieu sous la direction du guide suprême en 1979, les marxo-traîtres en Occident se font les alliés objectifs des mollahs dont ils partagent la haine de l'entité sioniste. Car seul compte la Palestine de leurs rêves désabusés…

Outrée par tant de partialité, la droite politicienne fustige l'anticléricalisme de cette gauche pro-arabe qui ne s'intéresse pas plus aux massacres djihadistes de chrétiens au Nigéria ou en Syrie qu'au génocide au Soudan. Mais les partisans du Hamas et du FPLP en Occident restent tout aussi muets sur les violences génocidaires perpétrées par le régime birman contre la minorité musulmane des Rohingyas. Les Tibétains bouddhistes et les Ouighours musulmans ne sont pas mieux lotis, alors même que le parti communiste chinois a décidé de lancer une nouvelle campagne de sinisation pour achever le processus d'acculturation ethnocidaire de ces peuples ancestraux. Ce n'est donc pas une affaire de religion. Mais on a bien affaire à une nouvelle confession. Le "peuple de gauche" en France serait-il indifférent au sort, en Iran comme au Tibet, d'un peuple de droite dont les droits seraient moindres de ce fait ? Comment peut-on être anti-persan, en Europe comme en Amérique, au point d'arborer sans vergogne le drapeau de la république islamiste qui tyrannise la Perse tout en se réclamant de l'antifascisme au cours de manifestations en faveur d'un régime qui coche toutes les cases du fascisme ?

Une vieille tradition stalinienne

C'est une vieille tradition stalinienne… qui ne s'embarrasse pas du pacte germano-soviétique ! L'internationalisme ne connaît et reconnaît qu'un seul impérialisme depuis Lénine, le fascisme reste résolument de l'autre côté du mur bâti par Staline pour se préserver de toute contamination. Jetant le fascisme rouge dans les oubliettes de l'histoire, l'antifascisme actuel refoule le fascisme vert des djihadistes tout en fantasmant un fascisme trumpien. Agrémentée d'une sauce d'antisionisme, la recette de l'anti-impérialisme continue de régaler le ventre vide des illuminés ou des "éveillés" qui se repaissent de slogans éculés sur les mouvements de libération nationale. À ce stade d'aveuglement, l'adhésion partisane à la cause palestinienne qui pousse à justifier les crimes de guerre du 7 octobre 2023 et à fermer les yeux sur le carnage des 8 et 9 janvier 2026 semble bien constituer une variation sur l'illusion religieuse que Freud, en 1927, a certes eu tort de croire sans avenir. Car son pronostic trop optimiste ne contredit pas le diagnostic magistral de l'infantilisme pathologique qui peut s'appliquer, mutatis mutandis, au cas troublant du partisanat actuel : les défilés en Occident avec leur lot d'incantations idéologiques s'apparentent dorénavant à des processions qui combinent à satiété l'hallucination d'ordre psychotique – les lendemains qui chantent dans le paradis reconquis après l'apocalypse de la lutte finale – et les obsessions névrotiques que manifestent les idées fixées en slogans tout autant que les rituels conjuratoires, comme immoler des effigies ou brûler des drapeaux ennemis…

Cette nouvelle confession s'autorise toutes les contradictions. Bien installés dans le confort d'une vie de petit-bourgeois jouissant à plein de l'État de droit en Occident, les gaucho-traîtres refusent aux autres peuples ces libertés "bourgeoises" qui leur donnent le droit de manifester leur soutien aux nazislamistes de Gaza et au régime ami des mollahs. Hors de question pour eux de scander « Femme, Vie, Liberté » avec des irresponsables qui se commettent et compromettent avec Israël et les États-Unis pour une malheureuse histoire de voile ! Il manque à ces gens ignares l'analyse géostratégique globale des retraités de mai 68 qui défilent sans relâche depuis des décennies pour défendre la cause locale du peuple palestinien… Comme si tout se jouait là ! Comme si voiler les fillettes à neuf ans et violer les mal-voilées ne posaient aucun problème ! Cette profession de foi qui vire à l'obsession pathologique s'apparente à une démence sénile. C'est d'ailleurs la bonne nouvelle ! La cohorte des jeunes excités qui défilaient pour la Palestine libre depuis le 7 octobre a déserté les rues pour laisser la place aux vieux de la vieille garde, ankylosés dans leur inébranlable foi de nouveaux croisés prêts à libérer la Terre promise. Peut-être les massacres de masse de janvier dernier en Iran ont-ils ébouriffé la ferveur de la jeunesse dorée d'Occident ? Peut-être l'ultraviolence de la dictature de l'ayatollah a-t-elle brutalement fait voler en éclat les certitudes simplistes de ces jeunes gens présomptueux ?

Symboles, drapeaux et la vraie question

C'est fort possible, mais la conviction d'être engagé dans le bon camp n'a pas été ébranlée au point de manifester pour la fin de la répression fasciste en Iran. Car ce serait prendre fait et cause pour des gens qui défilent sous le signe impérial du lion et du soleil en se réjouissant de voir l'étoile de David soutenir leur combat. C'est une affaire de symbole affiché sur des drapeaux dont la signification symbolique, d'ailleurs, échappe au commun des manifestants, jeunes et moins jeunes. Il s'agit en effet de s'afficher en Occident en prenant parti en toute ignorance des tenants et des aboutissants d'une cause étrangère. Peu importe aux laïcards de "gauche" que le panarabisme du drapeau palestinien s'entremêle à l'islamisme emblématique du tahwhid dans les défilés. S'il est à juste titre interdit d'arborer une croix gammée et de faire le salut nazi, pourquoi est-il d'ailleurs permis d'arborer en Occident les couleurs de l'islamofascisme pratiqué par les milices terroristes de la mollahcratie ?

La cécité généralisée sur ces questions est aussi tout inquiétante que le tour récemment pris par les discussions sur la guerre en Iran. On n'entend plus parler que du détroit d'Ormuz et du prix du carburant à la pompe. Serait-il désormais hors de propos, lors des discussions et des négociations, d'exiger du régime en Iran la cessation des arrestations, des exécutions et des viols en prison ?