Il est urgent de comprendre quel régime de violence sévit actuellement en Iran. Des dizaines de milliers de gens parfois très jeunes ont été assassinés ou blessés à mort par les sbires du régime islamofasciste… Malaise dans l’univers médiatique ! Par deux fois, la nouvelle de la mort d’une seule personne tuée à Minneapolis par des agents fédéraux a fait la Une en Amérique et en Europe, refoulant à l’arrière-plan d’autres informations comme le nombre sidérant des victimes des massacres des 8 et 9 janvier en Iran. Il y a des raisons à cela, mais elles ne sont pas bonnes d’un point de vue cosmopolite. Il faut reconnaître que ce n’est pas nouveau. Black Lives Matter ! Toute vie compte, c’est entendu. Et pourtant tout semble prouver le contraire.
Les choix éditoriaux des journaux sont marqués par une discrimination entre les victimes qui est devenue criante depuis le 7 octobre 2023. Le bilan des victimes du Samedi noir a rapidement été couvert par le nombre de morts revendiqués par le Hamas qui confondait sciemment miliciens armés et civils tués à Gaza pour étayer l’indécente accusation de génocide. En revanche, les crimes terrifiants perpétrés au Darfour par les groupes paramilitaires de Hemedti ont fait l’objet d’une couverture minimale en Occident, alors que s’y déroule effectivement, dans la lignée du génocide de 2003, un nettoyage ethnique avec son lot effroyable d’atrocités en tous genres : tortures, viols collectifs et esclavage sexuel, exécutions et… safaris humains ! Quelque chose ne tourne pas rond dans le monde de l’information. Quel critère préside à cette iniquité dans le traitement des violences commises ?
Ce n’est pas le nombre de victimes qui compte. Un manifestant tué par un représentant armé de l’État n’a pas la même signification politique qu’un crime de sang perpétré par un déséquilibré ou un voyou. Dans les deux cas, l’assassinat prémédité est bien plus grave que le meurtre accidentel et il s’aggrave encore si le méfait est ordonné par un chef de gang ou, pire, par une autorité temporelle ou spirituelle qui délivre un permis de tuer en toute impunité, comme la fatwa de Khomeini contre Salman Rushdie. Critiquée pour avoir cautionné la brutalité de l’ICE et pris le risque d’un dérapage prévisible, l’administration fédérale n’est pas accusée d’avoir commandité un crime à Minneapolis. Mais qu’en est-il en Iran où le meurtre de masse planifié par le pouvoir d’État ressemble fort à un assassinat en bande organisée ?
Tout régime fasciste élimine violemment ses opposants au nom de l’unité nationale du peuple au sens ethnique du terme. Depuis le coup d’État de Khomeini instaurant la dictature du docte ayatollah (velayat-e-faqihi), le régime islamofasciste de l’Iran chiite le fait en se référant à la communauté islamique (oumma) transnationale pour justifier le châtiment des manifestants pour crime de ‟haine contre Dieu” (moharebeh). Se prendre pour l’Imam et prétendre parler au nom de Dieu pour punir à sa place est le fondement d’une idéologie totalitaire qui autorise à user d’une violence inouïe pour réprimer le moindre écart par rapport au mode de vie islamique. Battue à mort par la police des mœurs des islamistes au pouvoir pour un hijab mal porté à leur goût, Jîna Emînî est devenue le symbole de l’oppression dont les Iraniennes sont victimes au quotidien. Cette violence démesurée qui se déchaîne à la moindre occasion fait système. La cruauté tyrannique dont font preuve les sbires des mollahs est une violence transgressive qui s’enracine dans la transgression (hubris) par excellence : se prendre pour Dieu pour châtier en son nom !
Dès le début de la République islamiste, tortures et viols ont été perpétrés en masse dans les prisons du régime avant les exécutions capitales. Le régime ne s’en cache nullement ! Le viol a été publiquement justifié par les plus hautes autorités religieuses pour empêcher les vierges d’accéder au paradis… Informer les familles du viol perpétré comme de la date de l’exécution fait partie intégrante du châtiment. Il s’agit de briser toute résistance en exerçant sur les parents de la victime une violence psychologique qui vise autant à les terroriser qu’à les accabler de douleur. Ce sadisme ne relève pas d’une hyperviolence aussi débridée qu’insensée, mais bien d’une ultraviolence institutionnalisée qui assume la fonction stratégique de terroriser les masses. C’est ce que vient de confirmer la terrifiante répression qui s’est abattue sur le peuple iranien.
Il ne s’agit pas de mâter une rébellion dans le sang en éliminant des groupes de rebelles. Car le régime n’a pas affaire à la rébellion d’une minorité armée, mais bien au soulèvement d’une masse de gens désarmés qu’il est matériellement impossible d’exterminer. Les millions d’Iraniennes et d’Iraniens qui ont scandé des slogans hostiles au dictateur du régime islamiste représentent au moins dix à vingt fois plus de monde. L’ayatollah est nu dans la rue. L’idéologie du régime totalitaire s’étant effondrée, le facislamisme au pouvoir n’a plus que la Terreur pour survivre. Il lui faut terrifier le peuple iranien par l’ampleur du massacre de masse que le régime des mollahs a commandité. Le chiffre officiel des pasdarans prétendument tués par les ‟terroristes” doit être au minimum multiplié au moins par dix ou vingt pour s’approcher du nombre réel de victimes. Tout comme le peuple iranien, le monde entier est de surcroît horrifié par la modalité de la répression militaire exercée sur des civils désarmés : ouvrir le feu à l’arme de guerre sur des groupes de manifestants pris en tenaille des deux côtés d’une rue avec des snipers en embuscade ; viser la tête et exécuter à bout portant ; incendier les lieux de refuge ; achever les blessés sur place ou dans les hôpitaux ; persécuter les soignants et perquisitionner les habitations pour débusquer les blessés ; traquer les parents venus chercher le corps de leur progéniture, etc.
Tout rappelle la stratégie psycho-terroriste des guerres de contre-insurrection que les puissances coloniales ont pratiquées pour venir à bout de la guérilla menée par des groupes de partisans armés. En contrepoint des tueries de masse, les forces de l’ordre islamofasciste mènent à présent une guerre de surface sur tout le territoire à quadriller par le renseignement et le contrôle en vue de repérer les contestataires à éliminer. La guerre psychologique vise à terroriser toute la population, déjà dévastée par le deuil, pour la dissuader de réapparaître dans l’espace public. C’est inédit ! Telle une puissance coloniale, le régime mène une guerre totale contre son propre peuple dans l’objectif de soumettre la société en l’atomisant complètement.
Il ne s’agit pas d’une hyperviolence exacerbée dans le contexte chaotique d’une guerre civile entre deux forces militaires, comme au Soudan. Le permis de tuer ayant été sciemment délivré par le régime islamofasciste avec ordre d’en user sans bornes pour sidérer tout le monde, l’ultraviolence militarisée de ces massacres de civils désarmés fait de ces assassinats de masse en bandes criminelles organisées de véritables crimes de guerre qui relèvent de la cour pénale internationale. Dans ces conditions, au-delà du silence coupable des alliés objectifs du régime des mollahs, on comprend la sidération générale qui s’est emparée du monde médiatique. C’est plus facile de dénoncer ce qui s’est passé à Gaza ou dans le Minnesota que d’analyser ce qui se passe au Soudan ou en Iran. Mais on peine à comprendre l’incapacité occidentale à reconnaître le caractère fasciste des violences systémiques perpétrées par le régime islamiste au pouvoir en Iran.

