La France est en dette envers le peuple iranien. Pour avoir reçu Khomeini en 1978 ! Et parce que les intellectuels français de l’époque, Foucault en première ligne, ont soutenu le soulèvement en toute ignorance de la situation… Ce genre de commentaires déconnectés prolifèrent à nouveau en France et ailleurs sans aucun respect pour tous ces gens qui risquent leur vie ou l’ont perdu dans les rues et les geôles du régime islamo-fasciste de l’Iran actuel. Les vieux slogans de l’anti-impérialisme et de l’anti-sionisme sont recrachés sans vergogne pour condamner par avance la violence d’une opération militaire contre le régime des mollahs sans prendre la peine de condamner l’extrême violence de la répression sanglante du mouvement de contestation actuelle. Mais la violence révolutionnaire n’est-elle pas le seul et unique moyen d’ouvrir l’espace politique obturé depuis des décennies par le régime islamiste ?
En 1978-1979, le soulèvement potentiellement révolutionnaire de masses de gens s’est transmué en mouvement réactionnaire, autoproclamé ‟révolution” islamiste. La guerre civile a été évitée parce que le shah est parti et que les forces de sécurité ont cédé à la pression dès lors que les insurgés étaient armés (10-12 février). C’est la grande différence avec la situation actuelle où les fascislamistes au pouvoir préfèrent la guerre civile à la révolution politique !
La situation actuelle de l’Iran permet de montrer comment Realpolitik du rapport de forces et émancipation politique peuvent s’articuler tout en expliquant quel type de violence est susceptible d’ouvrir l’espace politique :
0. depuis des décennies, le régime islamo-fasciste exerce une violence systémique contre toute forme d’opposition (tortures et viols, meurtres et assassinats) tout en entretenant la fiction d’un jeu politique au moment des élections (opposant les soi-disant modérés à la ligne dure) ;
1. des masses de gens ont essayé à plusieurs reprises d’ouvrir l’espace politique par des manifestations de masse qui constituent une démonstration de force de la volonté populaire sans disposer des armes comme moyen de la violence révolutionnaire (contrairement à la situation de février 1979) ;
2. le régime est parvenu jusqu’à présent et cherche à nouveau à renverser le rapport de force en sa faveur en usant de manière abusive d’une violence extrême pour noyer dans le sang la contestation ;
En contrepoint de l’intervention militaire de juin 2025, 3. les menaces de l’hyper-puissance états-unienne (et de l’allié israélien) visent à mettre fin au bain de sang en créant un rapport de forces au niveau international, Realpolitik de la dissuasion avant toute intervention ;
4. la violence ciblée de l’intervention militaire à venir, dont l’objectif sera de décapiter le régime et tout particulièrement les responsables du dispositif de violence, va faire office d’ersatz ou d’expédient à la violence révolutionnaire dont les masses sont incapables faute de disposer d’armes (sauf dans certaines zones limitrophes, par ex. chez les Kurdes) : c’est le seul moyen efficace pour contrer la violence fasciste du régime ;
5. une fois l’espace politique ouvert, il sera alors temps de lutter contre deux périls : une guerre civile, qui se nourrirait d’une répression violente des vaincus (qu’il faudrait au contraire emprisonner, juger et condamner sans sévices) ; une fermeture de l’espace politique par des élections précipitées et/ou un référendum constitutionnel qui équivaudrait à un plébiscite monarchiste. C’est la condition pour que l’émancipation politique réussisse…
Le peuple iranien est en train de donner une leçon de courage au monde entier. Si elle est entendue et que le régime fasciste tombe, le salut en France pourrait paradoxalement provenir d’Iran…

